Le Groupe des sept

Article paru dans Le Pays de Dinan tome XXIV année 2004 :

La Bretagne, grande inspiratrice des peintres depuis plus de deux cents ans, est une des régions de France très fréquentée par les artistes. On connaît l’Ecole de Pont-Aven, les oeuvres de Mathurin Méheut et d’Yvonne Jean-Haffen. Mais, Dinan comme la vallée de la Rance, ont aussi, et depuis fort longtemps, attiré les artistes.

C’est en 1965 que des artistes dinannais ont décidé de créer une Amicale des artistes de Dinan qu’il appelèrent Le Groupe des sept ( voir la lettre au maire annonçant la création du Groupe, le 2 avril 1965 ).
Au départ. « Le Groupe des sept » était composé de six artistes-peintres :Yves Floc’h, Frank Le Meur, Pierre Rochereau. Claude Marin. Jean Urvoy. Jean Vercel et d’un sculpteur : Francis Guinard. Puis, après l’abandon de deux d’entre eux, il sera composé de cinq artistes-peintres : Yves Floc’h, Yvonne Huet, Frank Le Meur, Jean Urvoy, Jean Vercel, d’un sculpteur Francis Guinard et d’un potier : Jean Busson.

Tous sont bretons, tous habitent Dinan,à l’exception du sculpteur Francis Guinard qui réside aux environs, à Languédias.

Pourquoi avoir choisi ce nombre sept ? Sagit-il d'un hasard ou, au contraire doit-on y voir une analogie avec les Sept Frères (Ar Seiz Breur) ? Ce n’est pas impossible. Mais ce choix tient plus sans doute aux liens d’amitié qui les unissaient, à la passion que tous avaient pour la Bretagne et, en particulier, pour le pays de Dinan.

Voici à présent une présentation de chacun d'entre eux :

  Yves Floc'h (1906-1990) : Consultez la page biographie.

Yvonne Huet

photographiée par Yves Floc'h

Yvonne Huet (1925) : Elle naît le 19 janvier 1925 à Saint-Brieuc. Son père, Jean Fauny, ancien élève des Beaux-Arts de Rouen puis de Paris (médaille d’or d’architecture, de peinture et de sculpture), était l’architecte départemental des Côtes-d’Armor. Après ses études secondaires au lycée Ernest-Renan, elle prépare le professorat de dessin aux Beaux-Arts de Paris, fréquente l’atelier Corlin, l’Académie Julian, car elle désirait se spécialiser en fresques, et la Grande Chaumière pour y apprendre le nu.

Elle se marie, en 1950, avec le Docteur André Huet. Elle perd son mari en 1963. Elle élèvera seule, avec beaucoup de courage, ses quatre enfants, tout en exerçant son métier de professeur de dessin. D’abord nommée professeur auxiliaire à Dinan, au Collège de jeunes filles, rue Broussais, elle sera titularisée et mutée à Chartres-de-Bretagne où elle restera trois ans. Puis, elle demande sa mutation pour l’Académie de Nice, enseigne au Lycée international d’Antibes, puis à La Colle-sur-Loup, où elle finira sa carrière.

Elle participe à de nombreuses expositions de groupes du « Groupe des sept» à Dinan, des Femmes peintres (médaille de bronze en 1977), des peintres de la Rance lors des Fêtes du jumelage des villes Dinan¬Dinant-sur-Meuse. Elle participe à la Biennale de Menton en 1980, expose à Paris à l’Institut franco-américain (1975), au Salon de la Marine (1990). Elle expose aussi à Antibes et à Cannes avec ses anciens amis des Beaux-Arts et reçoit à Cannes une médaille de bronze en 1990 et le Prix du Syndicat d’initiative en 1991.

Avec Suzanne Guidon, elle a fait tout le travail de mise en place du musée de Corseul. Elle en est restée depuis la conseillère artistique. Elle est également conseillère artistique de « La Maison d’artiste de La grande Vigne ».

Yvonne Huet fait de l’huile (pour le plaisir de faire de l’huile, explique-t-elle), de la gouache (essentiellement pour les bouquets) mais, surtout
du dessin aquarellé et de l’aquarelle. A l'atelier de modelage de Cannes. spécialisé dans le nu, elle a suivi des cours et aimait, dit-elle, s’amuser àfaire des modelages en terre de petites bonnes femmes.

On remarquera les nuances délicates de ses paysages de campagne. qui donnent une impression de calme, la douceur paisible de ses ports, ses bouquets de fleurs. Il s’agissait, en fait, d’une impression de fleurs plus que de bouquets, effet obtenu par des touches de peinture judicieusement appliquées. Sa peinture laisse percevoir, comme l’écrivait un journaliste, une «réalité voilée » et donne une sensation de paix. Son talent de portraitiste est certain.

Yvonne Huet réside actuellement à Léhon (Côtes-d’Armor).

Francis Guinard, sculpteur à Languédias

Francis Guinard (1913 -1996) : Il naît le 30 août 1913 à Mégrit (Côtes-d’Armor) et fait ses études primaires à Mégrit, puis secondaires à l’Ecole primaire supérieure de Lamballe. Sa vocation
de sculpteur paraît précoce, puisque c’est à l’âge de 8 ans, qu’il grave son nom sur le seuil de la maison paternelle, en se servant d’une simple pointe et d’un marteau
.

Après trois années à l’Ecole des Beaux-Arts de Rennes (1928-1931), il entre aux Beaux-Arts de Paris (1931-1939), où il sera l’élève du sculpteur Bourget. Il fera ensuite son apprentissage dans l’atelier des sculpteurs Bouchard et Niclausse. La guerre et la captivité vont interrompre sa formation.

En novembre 1939, il se marie avec Henriette Goasguen, infirmière de l’Assistance publique de Paris. Ils auront deux fils.

L’oeuvre de Francis Guinard est récompensée au Salon des Artistes français en 1938 par une médaille de bronze, en 1939 par une médaille d’argent et en 1947 par un second Grand Prix de Rome.
A son retour de captivité, il réside à Paris dans une allée d’artistes de la rue Tombe-Issoire, parmi des sculpteurs, des peintres, des céramistes, des architectes.

En 1955, il décide de revenir au pays et s’installe à Languédias (Côtes-d’Armor), où il crée avec sa femme l’Institut de Bel-Air, dont il assurera la gestion tout en poursuivant son activité artistique dans le temps qui lui restait. Son atelier est d’abord installé sur la cour du Centre, dans un appentis ouvert à tous les vents. Puis, au début des années 1960, il est transféré, au bord de la route, tout près du Centre et entouré de pièces qui serviront d’habitation à Francis et Henriette Guinard. Cet atelier-maison existe toujours avec ses modèles de statues et autres réalisations riches en souvenirs.

Les thèmes d’inspiration varient des baigneuses, une femme à la cruche, une petite sirène, un tigre en marche... mais les commandes privées sont, comme pour les autres sculpteurs, peu fréquentes. La solution est le concours. ce qui lui a permis de réaliser des oeuvres publiques telles que le Monument aux fusillés du maquis de Meilhan (Gers), le Monument commémoratif aux victimes de la frégate météorologique Laplace. à Saint-Cast (Côtes-d’Armor), un saint Jean Evangéliste pour la façade la cathédrale de Montauban (Tarn-et-Garonne). le fronton du Lycée de jeunes filles d’Agen (Lot-et-Garonne). la statue de Bertrand Du Guesclin à Broons (Côtes-d’Armor), le bas-relief de la cour d’honneur de la Préfecture de Saint-Brieuc représentant La Quête clu Graal, ainsi que des oeuvres à caractère religieux, une vierge pour l’église Saint-Vincent-de-Paul de Saint-Brieuc, pour la chapelle de l’Institution des jeunes sourds de Saint-Brieuc, une vierge à l’enfant pour l’église des Rothouers d’Eréac, le calvaire du nouveau cimetière de Mégrit.

Francis Guinard était un homme modeste à la tranquillité souriante. Il pratiquait la sculpture figurative classique, ce qui demande une grande maîtrise de la taille. Il travaillait la pierre au ciseau, à la massette, essentiellement le granit de Languédias dont il aimait la finesse et la couleur (nuancée du sable au gris perle). Sculpteur de grand talent, son oeuvre trouve sa place dans la statuaire bretonne.

Francis Guinard est décédé le 19 septembre 1996 à l’hôpital de Dinan. Il repose au cimetière de Languédias.

Jean Busson.

Jean Busson (1934) : De parents bretons, originaires du Morbihan, Jean Busson naît le 6 mars 1934 à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).

Après des études primaires et secondaires en région parisienne, commence sa formation artistique à l’Ecole des Arts Appliqués, 1 1 rue Aupetit-Thouars, à Paris (3e), où il passe trois années (de 1951 à 1954), suivies d’une spécialisation en atelier céramique avec les professeurs Céres et Rouleau.

De 1954 à 1955. il effectue une année de pratique en atelier à Paris, rue Saint-Antoine. quartier du Marais, puis après son service militaire dont il effectue vingt-six mois en Algérie. il est employé de 1958 à 1964, comme créateur de modèles et décorateur à l’atelier céramique de Fresnes (92).

En 1965, il arrive à Dinan où il crée l’Atelier du Jerzual, 68, rue du Petit-Fort, atelier qui portera le nom de « La Maison du potier» (1965-1975).

On peut se demander pourquoi Jean Busson a choisi la poterie. En raison d’une attirance toute particulière car la poterie, dit-il, contraint l’artiste à une double recherche celle de la matière d’abord, celle de la couleur ensuite. Pour Jean Busson, la poterie présente également l’avantage d’être un artisanat permettant ainsi un travail plus spontané dont les erreurs lui sont aussi plus excusables, car le potier doit avant tout produire, la poterie étant son gagne-pain.

Ce travail commence au tour, travail spectaculaire d’un artisan qui, d’une simple boule d’argile, va, de ses seules mains, faire naître un objet, que ce soit un vase, un bol, une assiette...
Ce travail au tour n’est qu’une des phases de la production; avant d’aller au four, les poteries doivent sécher : la cuisson de la faïence (1000°) durera 8 heures, la Cuisson du grès (1300°) entre 12 et 15 heures. Mais le refroidissement du four demande ensuite 24 heures. C’est alors que le potier peut donner cours à son imagination, pour choisir les émaux, doser les couleurs. La seconde cuisson se déroule comme la première mais reprenons les paroles de Jean Busson lorsqu’il nous dit : «Il y a le travail du feu. C’est presque le domaine de l’alchimie. On travaille alors dans l’avenir. » Et comme il l’explique lui-même, il y a parfois loin entre le projet initial et l’oeuvre définitive.

Dans un premier temps, Jean Busson s’est essentiellement consacré à des objets utilitaires : bols, vases, pichets, services de table, parfois aussi à des objets décoratifs. Plus tard, après construction d’un nouveau four, à propane cette fois, ce qui lui permettait d’obtenir des températures de l’ordre de 1300°, il a réalisé de belles oeuvres décoratives, panneaux suspendus, certains de grande taille, des tables, etc...

Jean Busson réside actuellement dans le Morbihan.

Franck Le Meur

Frank Le Meur (1903-1991) : Second enfant d’une fratrie de six, Frank Le Meur naît, le 3 juin 1903, à Kergrist-Moélou (Côtes-d’Armor) où son père était boulanger.

Il commence ses études secondaires au cours complémentaire de Rostrenen, puis entre à l’Ecole normale de Saint-Brieuc, Saint-Brieuc où il rencontrera d’ailleurs sa femme. De leur mariage (1926), naîtront deux enfants, un fils Claude et une fille Nicole. Il fera sa carrière dans l’enseignement public, dans les Côtes-d’Armor, d’abord aux Champs-Géraux (près d’Evran) puis à Caulnes jusqu’en 1938, date à laquelle ils seront mutés, sa femme et lui, à Pontrieux où il assurera les fonctions de directeur d’école (et sa femme celles de directrice) pour finalement prendre sa retraite à Dinan en 1958.

Très tôt, dès l’âge de 14 ans, « le démon de la peinture a pris mon père », nous dit son fils. C’est pendant son séjour à Caulnes qu’il fréquente, le jeudi l’Ecole des Beaux-Arts de Rennes où il a été le condisciple de Yves Floc’h. Il a essayé d’obtenir le professorat de dessin, «malheureusement sans succès », nous dit encore son fils. Il avait été l’élève de Jean Collet, ce dont il était très fier.

Tout au long de sa vie, Frank Le Meur peint. Au début, il donne une place importante à la mer et aux ciels bretons. Mais, suivant en cela la mode, il devient figuratif, se veut expressionniste, cherchant à donner de la vigueur à ses oeuvres, les dépouillant au maximum, pour ne conserver que l’essentiel. Il espérait avoir trouvé ainsi — autant qu’il est possible quand on poursuit sa recherche — « un langage personnel dans l’élaboration d’un paysage, d’une gerbe de fleurs, dans la composition et la figure ». On trouve, dans certaines de ses toiles, une recherche du mouvement par une rigoureuse étude géométrique.

Dans son oeuvre, Frank Le Meur fait appel à l’huile, à l’aquarelle, à la gouache et les sources de son inspiration sont nombreuses. C’est un peintre de la mer, des dunes, des sables, des bateaux. Il peint surtout à Saint-Jacut-de-la-Mer, ce qui explique peut-être que ses ciels comme la mer se ressemblent d’une oeuvre à l’autre. Ses portraits de marins sont saisissants de vérité, comme ceux du potier, du sabotier.., et remarquables par les jeux d’ombre et de lumière dont il fait usage avec habileté. C’est aussi un peintre de natures mortes mais, surtout un peintre moderne allant même jusqu’à l’abstraction.

Frank Le Meur a fréquemment exposé, à Saint-Jacut, à Dinan, soit seul, soit avec «Le Groupe des sept», à Grenoble, à Dinant-sur-Meuse, à Paris, à NewYork. En 1966, il reçoit la médaille d’or au Grand Prix de
peinture de la Ville de Nice pour les Charognards. En 1963, son nom est cité dans l’Annuaire national des Beaux-Arts.

Il était membre de la Société culturelle du Poudouvre (22) et secrétaire du « Groupe des sept».

Frank Le Meur est décédé à Dinan en 1991. Il repose au cimetière de Dinan.

Claude Marin, cliché N. Tisserand.

Claude Marin (1914-2001) : Il naît à Nantes le 21 octobre 1914 chez ses grands-parents maternels mais passera sa jeunesse à Vannes. Il fait ses études chez les Jésuites et, selon sa fille, se révèle un élève «rebelle». Puis ses parents partent habiter Nantes. Il entre alors à l’Ecole des Beaux-Arts, où il sera l’élève du maître Emile Simon.

Sa passion pour la peinture et le dessin aurait été très précoce, dès l’âge de 4 ans, disait-il.

En 1935, il épouse Jeanne Simon. Il commence par habiter à Quiberon. où il fait de la photographie, de la radio et du cinéma, puis après la Libération, en 1946, il s’installe à Dinan (où il élèvera ses neuf enfants) comme photographe avant de se consacrer entièrement à la peinture.

Dans le Finistère, il rencontre le peintre Désiré Lucas qui lui conseille de travailler la pochade, en ne mettant que l’essentiel, de simples taches, en travaillant vite, sur de petits formats. Louis-Désiré Lucas restera toute sa vie son maître à penser. Dans le Finistère encore, à Locronan, il rencontre le sculpteur Job qui lui révélera l’art de la silhouette : découpe, avec des ciseaux, du profil d’une personne.

Pour élever sa nombreuse famille, il doit impérativement gagner de l’argent, raison pour laquelle il part à Paris où il loue un atelier rue Poulbot. Place du Tertre, il met à profit l’enseignement de Job et fait de la «silhouette-minute». Le reste du temps, il peint, tout particulièrement dans les rues de Montmartre. Mais l’Espagne, l’Italie l’attirent, comme la Bretagne, son point d’attache restant Dinan, près de sa famille. Sa technique était bien précise, pochade d’après nature, puis travail en atelier, nouvelle confrontation de la toile avec le modèle, puis avec la pochade, enfin la touche finale, avec toujours le même souci de la rigueur de la construction et de la lumière.

Il aimait peindre la nature, recherchant ce qu’il appelait l’«effet de réverbération chromatique». Il parvenait à suggérer, par le choix de sa touche, toujours sûre, le mouvement des personnages comme cela apparaît clairement dans ses peintures des rues de Montmartre. Sa palette était variée, avec des couleurs chaudes. Claude Marin se disait bohème mais c’était un bohème organisé, car il se plaisait à travailler avec une palette propre età préparer lui-même ses toiles.
Les oeuvres de Claude Marin ont été exposées dans de grandes galeries parisiennes (Bemheim, Martin-Calle). Il a participé à de nombreux Salons à l’étranger (Mexique, Italie, Allemagne, Hollande, Suisse). La notoriété arrive dans les années 1963-1965. En 1985, il reçoit le Grand Prix de la Ville de Dinan.

De 1992 à 1995, il peint toujours sur le motif, avec sa fille Colette (Colette de Hayes), à laquelle il transmet sa force et sa joie de peindre, heureux de « passer le flambeau ». Malheureusement, en 1995, à l’âge de 81 ans, il devient malvoyant. Que peut-on imaginer de plus dramatique pour un artiste-peintre que la cécité ?

Claude Marin décède en 2001 à Dinan où il repose.

"Portrait de Pierre Rochereau"

par Yves Floc'h, gouache, 1950.

Pierre Rochereau (1909-1992) : Pierre Rochereau naît à Dinan en 1910. Ancien élève du collège de garçons, il a été l’élève de Jean Urvoy et de Roger Vercel. Puis, il sera élève aux Beaux-Arts de Rennes et de Paris et, enfin, à l’Ecole nationale des Arts Décoratifs.

Le 17 juin 1954, il est nommé Conservateur du musée de Dinan, fonction qu’il exercera de 1954 à 1977. Il a été professeur au Collège des Cordeliers de Dinan, de 1961 à 1976.

En fait, ses activités au musée commencent bien avant sa nomination, puisqu’en 1948, il monte une exposition temporaire du Vieux Dinan, dont le but était de faire l’inventaire des possessions des particuliers.

En 1952, il réalise, avec Georges Laurent, alors conservateur du musée, une exposition permanente sur les coiffes et costumes de Bretagne. Actuellement, une salle entière leur est consacrée. Il collectionne aussi des objets à usage domestique et professionnel et s’intéresse à la céramique usuelle, tout particulièrement à celle des ateliers locaux.

En 1958, il recherche, achète et remet en état une cinquantaine de bois gravés pour une exposition intitulée Imagerie populaire, exposition qui sera une des plus importantes de sa carrière et qui le fera connaître dans les autres musées bretons. C’est aussi sous son impulsion qu’on assiste à une réorganisation des salles d’exposition du musée du Château. avec mise en valeur des collections concernant l’ethnographie bretonne.

Il avait commencé un travail d’inventaire des objets et des oeuvres du musée, travaux de numérotation et de marquage, en respectant les indications de la Direction des musées de France, ce qui facilitera le travail des conservateurs qui lui ont succédé.
Pierre Rochereau a été secrétaire, lauréat et membre de la Société nationale des Beaux-Arts, ainsi que président de la Société des amis du musée et de la bibliothèque de Dinan, membre du Comité d’inspection de la bibliothèque et, dès 1949, membre de la Commission départementale des objets mobiliers. Titulaire de la Croix de guerre (1939-1945), il sera officier du mérite civil et décoré des Palmes académiques.

En 1946. il épouse une artiste-peintre, d’origine anglaise : ils auront deux enfants.

Malgré toutes ses activités, Pierre Rochereau trouvait le temps de peindre. C’était avant tout un impressionniste. Jean Urvoy le connaissait, ils allaient peindre ensemble chaque fois qu’ils avaient un moment de liberté, sur les bords de Rance, particulièrement à l’automne, fascinés l’un et l’autre par la splendeur des feuillages à cette époque. Dans les cahiers de Jean Urvoy, on lit : « Une longue camaraderie avec Rochereau, de nombreuses discussions sur le plan pictural, une connaissance parfaite de son oeuvre et des moyens qu’il emploie, peuvent nous permettre de porter un jugement provisoire sur ses dernières peintures. » Cette analyse de la peinture de Pierre Rochereau avait été faite par Jean Urvoy, à l’occasion d’une exposition qui avait lieu au Celtic en 1949. Plus tard, il se lance dans l’abstraction mais les dernières années de sa vie, alors qu’il s’était retiré à Plouer-sur-Rance, d’abord au Port-Saint-Hubert puis sur les hauteurs dominant la Rance, à la Hautière, il revient à une peinture plus classique et fait de très belles aquarelles sur les bords de Rance.

Pierre Rochereau est décédé le 9 novembre 1992 à l’Hôpital de Dinan, et repose au cimetière de Plouer-sur-Rance.

Jean Urvoy, septembre 1961.

Jean Urvoy (1898-1989) : Il est né à Dinan, le 5 novembre 1898, dans une modeste famille, sera d’abord instituteur, car des études longues ne lui sont pas permises. Il sera nommé à Rostrenen, en plein coeur de la Bretagne, puis mobilisé en 1918 : «J’ai eu 20 ans dans les Vosges, six jours avant l’armistice», comme il le rappelait souvent. Toute sa vie, d’ailleurs, il restera hanté par ce qu’il avait vécu pendant les deux guerres. Définitivement revenu à la vie civile en 1922, après avoir participé à l’occupation de la Ruhr, il sera instituteur, d’abord à Saint-Brieuc, en classe maternelle, puis, sur sa demande, à Léhon car il souhaitait se rapprocher de Dinan, sa ville natale. Quelques mois plus tard, il est nommé à l’Ecole primaire supérieure de Dinan, où il enseigne le français, l’histoire et la géographie, tandis qu’il suit des cours à la faculté des lettres de Rennes, pour obtenir une licence de lettres modernes. En 1923, il se marie avec une de ses collègues, professeur d’anglais, Herveline Le Scour, originaire de Brest, avec comme témoin Roger Vercel, son collègue et son ami.

Il fait la connaissance de Jean-Charles Contel, peintre normand qui l’initie à la gouache. Il commence à graver sur bois en 1928, encouragé par Gaspard Maillol, graveur, dont il avait fait la connaissance.

Au moment de la naissance de leur fille, sa jeune femme meurt dans des conditions tragiques. C’est alors qu’il se met à graver sur bois avec acharnement et passion, la gravure occupait son temps et son esprit.
Il se remarie quelques années plus tard avec Jeanne Cojan, dont le père était originaire de Plestin-les-Grèves. Il découvre alors le Trégor, pour lequel il aura une véritable passion.

Mobilisé en 1939, il sera prisonnier de guerre puis libéré en août 1941, comme ancien combattant de la guerre 1914-1918. De son séjour à l’oflag VIII h, il a rapporté 21 aquarelles et 1 carnet de croquis sur la
vie des prisonniers.

Il reprend alors son poste au collège, fait de la gouache avec frénésie, souvent en compagnie de Pierre Rochereau et de Yves Floc’h aussi. En 1945, Roger Vercel préface le livre La Rance, 20 gouaches de Jean Urvoy, édité aux éditions Arc-en-ciel. Il peint dans la vallée de la Rance, à Cancale, dans le Trégor. Mais, peu à peu, la gravure reprend la première place, il grave sans relâche. La gravure sur bois était pour Jean Urvoy l’« arme du pauvre, une arme de combat mais aussi une oeuvre plastique.
car elle exige simplicité, sobriété, sincérité, esprit d’analyse et esprit de synthèse ».

En 1971, il s’installe à Rennes, près de sa fille nommée professeur à la faculté de médecine.

Jean Urvoy est le seul autodidacte du « Groupe des sept» ; il n’a fait aucune école, n’a jamais eu de maître, n’a fréquenté aucun atelier. Capitaine de réserve, il a reçu la Légion d’honneur à titre militaire. Il avait aussi les Palmes académiques.

Doué d’une «ardeur impatiente», pour reprendre les termes de Jacques Petit,. du désir de ne jamais s’arrêter en chemin, d’une imagination à nulle autre pareille, il avait recours à tous les moyens pour tenter d’exprimer ce qu’il voyait, percevait, ressentait, imaginait. Pour Jean Urvoy, la Bretagne a été une source importante d’inspiration, ses souvenirs de guerre aussi. Mais de sa parfaite connaissance de la Bible sont issus de nombreux thèmes de gravures sur bois. C’est ainsi qu’il a grave une Passion, la Sainte Face, le Christ de Dol, les sept dernières Paroles du Christ.

Son oeuvre comporte également des livres dont certains sont des livres de bibliophilie et des livres d'artiste.

Il a exposé à Dinan, à Paris (Salon des indépendants, Salon d’automne, pavillon de la Bretagne à l’Exposition universelle de 1937, galerie des Capucines), à Dinard, Plouézoch, Saint-Michel-en-Grève Guerlesquin. Amiens, Morlaix, Saint-Brieuc, etc.

Tout au long de sa vie, il y a eu dualité en lui. Dualité dans l’expression même de la couleur, tantôt par des gouaches plutôt sombres aux ciels toumientés, tantôt au contraire par des gouaches et aquarelles qui exprimaient la somptuosité des feuillages d’automne, la douceur de l’eau de Rance qu’il a tant aimée, la blondeur des sables. Tantôt, ce n’était plus la couleur mais le noir et blanc de la gravure sur bois.

Il disait peindre et graver sans aucune concession : « ma peinture est comme un cri ».

Pour Denise Delouche, la gouache de Jean Urvoy est une « gouache dure et riche, presque lourde, étalée en plans schématisés, qui donne aux rocs, verdure, estran et eau une présence sensuelle» mais, plus tard, il la traitera un peu comme l’huile: recherche de la matière, pâte riche en touches épaisses, à tel point que la confusion avec la peinture à l’huile se fait, parfois, pour les non-initiés.

Jean Urvoy est décédé à Rennes, le 21 juillet 1989. Il repose au cimetière de Dinan.

Une plaque commémorative a été apposée sur le mur du collège Roger-Vercel lors de la célébration du centenaire de sa naissance, le 5 novembre 1998.

Jean Vercel, 1992.

Jean Vercel (1929) : Il naît à Dinan le 7 juillet 1929, dans la maison de ses parents, 19, place Duguesclin. Son père était l’écrivain RogerVercel, prix Goncourt 1934 pour son livre Capitaine Conan. Il a fait ses études depuis le primaire au Collège de garçons de Dinan, puis entre en quatrième au Collège privé de Saint-Malo.

Jean Vercel a toujours aimé la peinture, dit-il. L’été 1946, alors âgé de 17 ans, il prend des leçons avec Charles Poirier. Il entre aux Beaux-Arts de Rennes mais, comme son père souhaitait lui voir adopter
un métier moins aléatoire que celui de peintre, il choisit la photographie. A Paris, il sera assistant photographe au journal Marie-France, et travaille avec des photographes de renom: Manceau. Savitry, Manuel.

Mais il reviendra en Bretagne, car la mer lui manque. Il se lance alors dans l’édition de la photographie d’art, illustre Bretagne aux cent visages et Les Iles Anglo-Normandes de l’écrivain Roger Vercel, son père, et réalise des cartes postales et des cartes de voeux. En 1961, il délaisse complètement la photographie pour se consacrer à la peinture, à l’huile d’abord, à la gouache pour finalement devenir aquarelliste. C’est aussi en 1961 qu’il devient professeur d’arts plastiques au lycée Maupertuis de Saint-Malo.

On le dit peintre de la mer, il trouve son inspiration sur la côte, du Mont-Saint Michel au cap Fréhel mais, également, dans la Vallée de la Rance. Sa rencontre avec Marin Marie, peintre de la marine, illustrateur de livres de son père. marque un tournant dans sa peinture « dès lors plus élaborée », dit-il. Il aurait aussi subi l’influence de deux artistes japonais : Koetsu et Sotatsu.
Les couleurs des aquarelles de Jean Vercel nous donnent tout à la fois une impression de douceur et d’une certaine mélancolie, impression accentuée par les ciels gris, parfois chargés de nuages sombres et menaçants. Mais la précision du dessin, que ce soit celle des maisons ou des bateaux vient parfois rompre la sensation ressentie.

Depuis sa première exposition à Saint-Malo en 1960, Jean Vercel a beaucoup exposé: en France,. mais aussi à l’étranger en Suisse. en Allemagne, New York. Toutefois, il restait fidèle à la Bretagne et exposait ses oeuvres dans des galeries à Saint-Malo, Dinan, Dinard.

Il y a quelques années, Jean Vercel souhaitait se renouveler. C’est alors qu’il utilise, en 2000, un mélange de collages, de gouache, d’huile et de vinyle, dans une nouvelle série qu’il intitule Regards de femmes.

Jean Vercel a réalisé des travaux d’arts décoratifs : une fresque pour le parloir de l’Institution de Saint-Malo, la décoration de la façade (8.70 m x 2,70 m) de l’école primaire de Rocabey.

Il a également illustré trois rééditions de textes de son père : Chausey. La Rance et Sous le pied de i‘Archange.

Il a fait son service militaire à Nantes, dans la musique.

Jean Vercel a été récompensé par une médaille d’or au Salon des artistes français (1968), par des félicitations au Salon des peintres de la marine, une médaille de bronze au Salon d’an contemporain (1983).

Jean Vercel réside actuellement à Saint-Malo.

Chacun de ces artistes du « Groupe des sept » a vu la Bretagne à travers sa propre sensibilité, sa technique et ses recherches.
Bien sûr, on ne peut parler d’école de Dinan ou du pays de Rance. mais dans les années 1960, l’émulation était grande. Ainsi, dans les seules années 1965 et 1966. « le Groupe des sept» a fait quatre expositions.
La première a eu lieu à l’hôtel Kératry, rue de l’Horloge, du 3 au 9 août 1965. En 1966, trois expositions, l’une en juillet à l’hôtel Kératry, la seconde, du 4 au 11 septembre, au Théâtre des Jacobins, dans le cadre de la Semaine commerciale, la troisième, du 26 au 3 décembre à la galerie Marzin (44). Puis, en 1968, dans le cadre de la Semaine commerciale, « le Groupe des sept» a participé à l’exposition «Plaisirs d’automne », inaugurée par le président Pléven.
Chaque fois, les visiteurs étaient nombreux, la presse chaleureuse. Pourquoi cet abandon si rapide ? Une phrase écrite le 28 novembre 1966 par Jean Urvoy, et retrouvée dans un de ses cahiers : «J’ai décidé d’abandonner le Groupe des sept ». m’a incitée à chercher la raison de cet abandon. Je suppose que Jean Urvoy, à cette époque, se trouvait trop occupé pour continuer (45). Mais il est dommage qu’aucun des membres du « Groupe des sept » n’ait pu reprendre le flambeau, car cette amicale avait les intéressants projets que l’on sait : favoriser la diffusion artistique dans Dinan, participer à l’éducation artistique de la jeunesse, faire fonctionner bénévolement un atelier municipal d’art, ouvert gratuitement à la jeunesse.

Martine Urvoy.

"Le Pays de Dinan" Bibliothèque municipale 22100 Dinan

Musique de Myrdhin ("an delenn dir", an delenn dir, ed. MUséa), avec son aimable autorisation.

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