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Expositions Yves Floc'h en son pays, Lesneven 1 juillet 2005

 

 

Vernissage de l'exposition

Yves Floc'h en son pays

le 1 juillet 2005 à Lesneven

 

La soirée a commencé par une allocution de Monsieur Robert Salaün,
responsable des expositions au sein de l'OMAC, Office Municipal de l'Animation et de la Culture,
qui présenta la genèse de cette exposition Yves Floc'h en son Pays.

 

Allocution de Marguerite Floc'h-Villard, épouse du peintre

en compagnie de sa petite-fille Anne et de son arrière-petite-fille Maïwenn :

Maïwenn
"Maman, pourquoi cette exposition a lieu à Lesneven ?"

Anne
Eh bien, Maïwenn, tu vois, il y a très longtemps, lorsque Tadig était tout jeune, il est venu prendre des cours de dessin à Lesneven. Grâce à l'Abbé Perrot, vicaire à Plouguerneau, Monsieur Jullien lui a enseigné le dessin. Demandons à Mamig comment commence cette histoire …

Mamig
Oui, reprenons la vie d'Yves à son début…

Il est né le 24 mai 1906, au Karpont en Plouguerneau, dans une petite ferme, à droite en descendant du bourg, à 500 mètres sur la route de Lesneven…

Il a fait ses études primaires à l'école des Frères de Plouguerneau et il a obtenu son Certificat d'Etudes vers l'âge de 13 ou 14 ans. Ensuite, il a aidé son père aux travaux des champs... Puis un jour, il s'est inscrit à un cours de dessin industriel par correspondance. Mais quelque temps après, sur les conseils d'un abbé, il arrête ses cours.
Mais voici que le recteur de Plouguerneau lui demande de travailler au presbytère où l'abbé Perrot vient d'être nommé vicaire. Aussitôt arrivé, celui-ci crée un patronage et une troupe de théâtre auxquels Yves s'inscrit et où il participe petit à petit à la réalisation des décors des pièces de théâtre. C'est ainsi que l'abbé Perrot remarque ses dons artistiques et un jour, il l'interroge : "Ne veux-tu pas devenir prêtre ?" Yves ayant répondu que non, il lui dit : "Alors, nous irons un jour prochain au collège de Lesneven pour montrer tes carnets de croquis au professeur, Monsieur Jacques Jullien".


Anne
Donc, sa vocation est née, ici, à Lesneven ?

Mamig
Oui, c'est un peu ça.
Mais il a dû encore beaucoup travailler… Grâce à sa bonne place au certificat de Préparation Militaire, il a pu faire son service militaire à Rennes et suivre les cours du soir des Beaux-Arts. Il reste donc 3 ans à Rennes puis encore 3 ans à Paris aux Arts-Déco et aux Beaux-Arts. Enfin, il est reçu au Professorat de dessin, en 1932.

Anne
Alors, il s'est retrouvé loin de sa famille et de son pays ?

Mamig
Oui, mais il leur est toujours resté fidèle. Et toujours il revenait vers eux, dans la petite ferme du Karpont. Il faut écouter le témoignage d'Adrienne, sa jeune sœur, qui raconte bien la fougue et la passion du jeune peintre et qui évoque leur Karpont natal…


" Modeste était notre maison, berceau de notre famille, située ici, au Karrpont. Mais
" Oh ! comme je t'aime maison de mes ancêtres, plus que toutes les richesses.
Vieille maison, tu es notre paradis", chantait notre mère, de tout son cœur, en breton.

… car nous étions heureux dans notre petite ferme. C'est le souvenir qui reste imprégné dans notre mémoire.

Premier étonnement, en ouvrant la porte peinte en faux marbre, l'impression de pénétrer dans une salle d'exposition. Jeune étudiant aux Beaux-Arts de Rennes, Yves, dans sa frénésie de peindre, prenait des draps usagés et en faisait des toiles qu'il clouait dans le couloir et sur lesquels il peignait.
La chapelle Saint-Michel nous accueillait dans l'entrée avec une vue sur la mer. Plus loin, une grande toile représentait la procession le jour du pardon. Quel spectacle impressionnant : les petits sonneurs en bragou bras, les porteurs de petits saints, les marins en tenue de fête, tout enrubannés, portaient croix et reliques. Et nos magnifiques bannières que portaient les hommes, non sans peine tant le vent freinait leur marche ! Les jeunes filles et les femmes portaient également, avec grâce, leurs bannières. Qu'elles étaient belles et majestueuses dans leurs beaux atours de fête : robes rouges avec des perles et des broderies dorées, leurs châles blancs brodés et leurs élégantes cornettes. Vraiment, cette toile représentait fidèlement la procession de Saint Michel d'autrefois.

De l'autre côté, dans le couloir, la chapelle du Grouanec, magnifique chapelle du début du XVI ème siècle, avec son ossuaire et sa fontaine. Puis la chapelle de Kerodern qui dépendait du manoir où naquit Michel le Nobletz, en 1581. Elle était dédié à saint Claude, patron de notre Tadcoz.

Anne
Ah, oui ! c'est la grande toile qui est exposée là-bas ?

Mamig
Oui, c'est cela. Mais continuons la visite, avec Adrienne…
" En pénétrant dans la cuisine, dont les murs avaient reçu une bonne couche de peinture Ripolin, dans les tons bleutés, Yves avait ajouté des guirlandes faites au pochoir. On trouvait que cela "faisait joli" ! Buffet et vaisselier étaient peints dans des dégradés bleutés. Il y avait une certaine harmonie dans tout cet ensemble.

Dans une petite pièce qu'on appelait "la salle", Yves avait mis de vieilles tentures sur les murs où il accrochait pochades, esquisses, tableaux. Le pays de Plouguerneau n'avait pas de secret pour lui. Il connaissait les nombreuses chapelles, calvaires, croix, la multitude de fontaines et lavoirs, les fermes, leur cour avec la volaille en libertés et le tas de fumier, plus ou moins grand suivant l'importance de la ferme. Sans oublier cette côte sauvage d'une grande beauté et tous ces paysages si variés qui l'attiraient. Que de sources d'inspiration pour ce jeune peintre ! Il avait toujours sur lui son carnet de croquis pour saisir ce qu'il voyait sur place, sur le vif, pour pouvoir réaliser ensuite, en atelier, une composition sur toile.

C'est bien à Plouguerneau et à Lesneven avec Monsieur Jullien, qu'il a eu le déclic de sa vocation artistique. Il s'y est consacré de tout son cœur pendant toute sa carrière d'enseignant, une vie bien remplie. Il est resté fidèle à son pays natal, à sa Foi, à ses origines bretonnes, à son passé, à ses racines."

C'est tout à fait vrai ce que dit ta Tante Adrienne. Yves est toujours resté fidèle à son idéal de jeunesse, Feiz ha Breiz, et il a participé à tous les Bleun-Brug, avec l'abbé Perrot, avec ses amis Caouissin, … jusqu'à ce Bleun-Brug de 1935 où nous nous sommes rencontrés...

Le Carpont

La chapelle de Kerodern

La famille Floc'h devant le Carpont.


Anne
Et vous vous êtes mariés le 23 juillet 1938 ?

Mamig
Oui, Yves a suivi les conseils de son père spirituel! Même si ma modestie doit en souffrir, je cite ce que l'abbé lui écrivait, en octobre 1935 : "Voici les qualités idéales d'un fiancé ou d'une fiancée : conduite irréprochable, santé excellente, caractère agréable, courage au travail, foi chrétienne. C'est l'ensemble de ces qualités qui donne la plus grande chance d'obtenir le vrai bonheur conjugal" !

La suite du parcours d'Yves est plus connue … Avant notre mariage, il est nommé professeur de dessin à Saint-Dié, dans les Vosges. Puis à Lorient, pendant la guerre, puis à Dinan où il fera toute sa carrière.

Joseph Jouffe, ton oncle, le mari d'Adrienne, avait raison d'écrire :

"Il ne faut pas oublier sa qualité de professeur, ce qu'il était avant tout. Un métier dont il était fier, un métier "où l'on a des devoirs plus que des droits" affirmait-il. Authentique vocation parfaitement accomplie dont peuvent témoigner ses milliers d'élèves. […] Son nom donné à l'amphithéâtre de sa classe de dessin, au Lycée Broussais à Dinan, perpétue sa mémoire. Et cela comblent les vœux de ses anciennes élèves, heureuses, d'évoquer les bons moments passés avec "Papa Floc'h".
Ce surnom affectueux, adopté par le tout Dinan, convenait bien à ce personnage populaire. Il reflétait ce qu'un enfant attend d'un père. Que de petits 6ème furent consolés par ce papa aux qualités exceptionnelles : bienveillance, disponibilité constante, disposition au travail et à la joie, forme physique, intellectuelle et morale communicative. Sens de l'amitié à toute épreuve et esprit de famille …

Tout cela découlait de ce qu'il avait reçu dans cette maison du Karrpont, au contact de bons parents que je découvrais, en 1948… Plusieurs parmi vous s'en souviennent et peuvent témoigner du sens de l'accueil et de l'atmosphère magique qui régnait dans cette chaumière".

Yves Floc'h et ses élèves

réalisant une fresque dans le réfectoire

 

 

Anne
Mamig, tu vas nous faire regretter de ne pas avoir connu ce temps-là !

Mamig
Surtout pas ! A chaque saison, ses joies et ses peines ! Mais c'est vrai, grâce à son métier de professeur, il avait du temps, l'été, pour revenir vers le Finistère où il a beaucoup peint, à Plouguerneau, à Scrignac, à Douarnenez le berceau de ma famille Villard.


Il faut parler, ici, de quelques aspects de ses technique de réalisation :
Avec sa boîte et son chevalet, il allait sur le terrain.
Pour les "pochades" bien sûr, et reprise en atelier pour les grands formats.
Ce qui ne l'empêchait pas d'entreprendre des grands formats sur le terrain.

Une petite anecdote …
Il devait réaliser une "huile" de la maison familiale des Jouffe. Pour voir les 2 étangs du "Miroir", il a dû grimper dans un arbre et je lui passais les pinceaux !

Ses techniques graphiques ?
- Peinture à huile avec pinceaux ou couteau ou mixage des deux.
- Gouache
- Encre de chine (il taillait sur place un bout de bois plat d'un côté, effilé de l'autre)
- Crayon et fusain.

Et mon intervention dans tout cela ?
Elle se résumait surtout à l'arrêter dans sa fougue…!

Anne
Et vous avez aussi beaucoup voyagé vers le Sud, vers les pays du soleil ?

Mamig
Ton grand-père avait construit une caravane et nous avons commencé les voyages à travers la France. En famille, nous sommes allés à Menton, en Auvergne. Tous les 2, nous sommes allés en Italie, en Allemagne, sur la Côte d'Azur, aux Baléares. Là-bas, il aimait aller chercher d'autres lumières, d'autres cieux… pour mieux revenir vers son pays natal, vers ses racines.

Maïwenn
Maman, vous avez eu un grand-père formidable ?

Anne
Oui, je crois que nous avons eu un grand-père formidable !
Il ne laissait personne indifférent. Il nous a donné le goût des belles choses. Il suscitait la sympathie. Il était affectueux.
Aux Beaux-Arts, il était surnommé "Le Grand Floc'h", comme professeur il était "Papa Floc'h", pour nous ses petits-enfants, il reste "Notre Tadig" !

Mamig

La famille et moi-même tenons à remercier,

Monsieur le Maire de Lesneven, Jean-Yves LE GOFF,
Monsieur Jean JESTIN, Maire-Adjoint à la Culture,
Monsieur René ROUDAUT, Président de l'OMAC,
Monsieur Robert SALAÜN, cheville ouvrière de cette exposition...
Notre ami Me Roudaut, lesnevien, qui, le premier, nous a suggéré cette exposition.

Vous, Mesdames et Messieurs qui ont prêté leurs tableaux,
Grâce à vous, Yves Floc'h a pu revenir en son Pays Léonard pour cette belle exposition.
Je voudrais aussi excuser Goulc'han Kervella qui ne pouvait être avec nous à cette heure.
Je voudrais associer ma belle-sœur, Adrienne Jouffe-Floc'h, qui ne pouvait être présente, mais qui est de tout cœur avec nous.

Marguerite Floc'h, épouse d'Yves Floc'h, Lesneven, le 1 juillet 2005

Yves Floc'h dans son atelier, en 1990.

 

Photo Jean-Jacques D'Hem

 

 


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