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Expositions Yves Floc'h

 

 

Exposition Yves Floc'h, peintre de Douarnenez

Vernissage, le 18 juillet 2003

 

Pendant son discours, Mme Prevost, maire de Douarnenez, s'adresse à Marguerite Floc'h.


A droite, Mme Hélène Tanguy, député de la circonscription de Douarnenez

 

Allocution de Marguerite Floc'h-Villard, épouse du peintre


Madame le Maire,
Chers Amis, Chers Parents,

Je suis à la fois honorée et heureuse que la Municipalité de Douarnenez nous donne la possibilité de faire découvrir l'œuvre artistique d'Yves Floc'h, mon époux.

Née Villard, si vous le permettez, j'aimerais résumer l'historique de l'attachement de tous les "Villard" à Douarnenez et Ploaré.

 

 Notre aïeul, François Villard était lyonnais, décédé vers 1796. Son fils, Jean-Marie Villard, douanier de son métier, est nommé à Douarnenez, pour surveiller la côte et la baie. Il fait bientôt la connaissance d'une jeune Douarneniste, Marguerite Ruyet, et se marient. Notre douanier est bien décidé, à la fin de son contrat, à revenir à Lyon. Mais la jeune Douarneniste a beaucoup pleuré, implorant son époux de rester "au pays". Et c'est ainsi que nous sommes devenus bretons !

Le douanier Villard eut 6 enfants, dont Jean-Marie-Lubin. Celui-ci devient ébéniste et entrepreneur à Ploaré. De lui, je possède son carnet de Compagnon du Tour de France. Il a construit, par exemple, la "cale ronde" dans le vieux port et le petit pont sur la rivière du Ris. Il était aussi l'ami du Docteur Laënnec. Et c'est mon arrière-grand-père qui a tourné le premier stéthoscope de l'inventeur de l'auscultation !
Jean-Marie-Lubin eut 11 enfants dont 2 sont passés à la postérité : Jean-Marie, le peintre, et Joseph, le photographe de Quimper. Vous comprendrez que je m'attarde un peu sur Jean-Marie, mon grand-père… Il eut 5 enfants dont Jeanne, Abel, peintre lui aussi (et accessoirement fondateur de la confiturerie Villard), Valentin, le docteur, et René, le poète et professeur d'anglais, mon père ! Ces trois jeunes gens, au Lycée de Quimper, étaient les condisciples du poète Max Jacob.

En 1911, mon père épouse Jeanne Audic, professeur comme lui, et ils sont nommés dans le Berry. Là-bas, ils se sentaient exilés. Alors leurs grandes vacances les ramenaient toujours à Douarnenez. A ma naissance, en avril 1912, mes parents viennent à Ploaré pour la solennité de mon baptême. Je suis très fière de cet épisode et j'aime notre belle église de Ploaré.

Veuillez m'excuser pour ce long prologue, mais je souhaitais que vous compreniez le pourquoi de notre attachement ancien à ces chers Ploaré-Douarnenez. Et l'arbre généalogique accroché là-bas vous permettra de mieux situer Yves Floc'h et la lignée Villard.

Avec leur frère Abel, mes parents avaient fait construire Ker Aël, une jolie villa, au-dessus du Ris. La maison devenant trop petite, mes parents ont entrepris la construction d'une autre maison, à Ploaré, chemin de Toul-Lapic. Puis mon père a acheté une maison de pêcheur, rue Croas Talud. Et c'est dans cette maisonnette, à mon mariage avec Yves Floc'h, que nous nous sommes installés.

Le public, pendant l'intervention de Marguerite Floc'h.

A gauche, Béatrice Lessard, "cheville ouvrière" de l'exposition

En 1937, déjà, pendant nos fiançailles, j'avais fait connaître à mon fiancé les plus beaux points de vue de la baie de Douarnenez.
En 1938, nous nous sommes mariés et Yves a commencé à peindre les belles lumières de la baie. Mon père lui a fait connaître le peintre douarneniste Louis Désiré-Lucas qui donnera au jeune peintre des conseils pour améliorer sa technique et sa vision des paysages. Vous l'avez compris, dès ses études et premières œuvres, Yves s'était senti en osmose avec l'Ecole impressionniste. Cette peinture correspondait tellement à son tempérament romantique !

En 1939, nous revenons pour les vacances, avec notre petite fille Annaïck, et nous occupons notre maisonnette. 15 jours de détente et de peinture. Mais voilà la déclaration de guerre. Yves reçoit, à Douarnenez, son ordre de mobilisation. Je l'ai conduit tristement à la gare et c'est là que nous nous sommes dit "Kenavo"…
Alors vint la "drôle de guerre". Il avait obtenu de son capitaine à ses heures de liberté d'aller dessiner aux environs du poste de commandement.

En 1940, il obtint une permission pour venir aux obsèques de mon père, mais juste à son retour à Dunkerque c'est la débâcle. Yves est fait prisonnier et est conduit, à pied à travers l'Allemagne, jusqu'au stalag IV B, tout à l'Est. Pour oublier sa condition, il écrit et réalise des croquis de ses camarades. Nous avons pu rassembler quelques-uns de ces croquis dans une vitrine de cette exposition. Il réalisait également, d'après photo, des portraits de soldats allemands…Ceux-ci le "payaient" avec des patates ou du pain. Une aubaine !
Après 7 mois de captivité en Allemagne, Yves, revenu au pays, est hospitalisé à St Brieuc, puis nommé à Lorient. Les circonstances n'étaient guère favorables pour dessiner sous les bombardements ! En octobre 1941, il est muté à Dinan. Et tout de suite, il a aimé cette ville médiévale où il a exercé son métier de professeur pendant 30 ans.

Yves a surtout peint pendant ses vacances d'été. Mais dès 1940, nos petites maisons de Ploaré avaient été réquisitionnées par la mairie. Nous en avons été privés pendant 20 ans. Aussi, nous sommes partis à travers la France, en camping, et quand nous revenions à Douarnenez, nous campions dans la propriété "Poulhazan".
En camping, par commodité, Yves peignait toujours des petits formats. Il a peint à Menton à plusieurs reprises, en Espagne, aux Baléares, en Italie. Je le suivais partout, c'est la raison pour laquelle chaque tableau me rappelle un souvenir. Et c'est aussi pourquoi nous n'avons pour ainsi dire rien vendu de ce qui reste de son œuvre et qu'ici il n'y a rien à vendre ! ! !
Maintes fois, j'allais avec lui sur le terrain et je tâchais de traduire mon émotion devant nos beaux paysages. Mais il était très rapide, et moi un peu lente. Aussi, je me contentais de faire de simples croquis au crayon. Certains lui ont servi lorsqu'il agrandissait ses pochades, à l'atelier. Je crois aussi avoir été utile ! Parfois, la peinture me semblant au point, je lui disais : " Arrête, n'y touche plus, tu vas l'abîmer"… et il m'écoutait !
Il montrait ses pochades à Abel Villard et à Louis Désiré-Lucas. Tous deux lui ont prodigué d'excellents conseils et il en a tenu compte. Les œuvres exposées ici l'attestent.
Vous remarquerez que certains sujets sont traités plusieurs fois. Cette habitude est classique chez les peintres, et souvent chez les plus grands. D'un même paysage, selon la lumière ou les saisons, et selon son inspiration bien sûr, le peintre nous propose, à chaque fois, une perception nouvelle de la nature.

En 1960, ayant "récupéré" nos maisons en piteux état, Yves a su démontrer d'autres talents : il s'est fait bâtisseur ! Dans cette rénovation, nous avons été beaucoup aidés par notre ami couvreur Yves Jaffry. Il nous a été d'un grand secours. Quand le gros œuvre a été terminé, Yves a pu reprendre ses pinceaux. C'est ce travail d'artiste, réalisé dans la joie et l'enthousiasme que nous offrons à vos regards, espérant que vous l'aimerez et que vous reconnaîtrez notre beau pays à travers les grands ciels et la mer changeante.

Ainsi Yves Floc'h aura réalisé le souhait qu'il exprimait dans une note écrite le 1er septembre 1940, pendant sa captivité en Allemagne : "Oui, toute la journée je pensais aux derniers instants que j'ai passés avec ma Guite, à ce cher Kerstivel que je connais trop peu mais que j'espère fréquenter toutes les vacances futures et pendant de longues années".

Au nom de toute notre famille, je remercie chaleureusement
, Madame le Maire et la Municipalité de Douarnenez, ainsi que Didier Hénault et Béatrice Lessart, les chevilles ouvrières de l'expo, d'avoir accepté l'idée de cette exposition et de l'avoir concrétisée. Dans la ville de Douarnenez, si chère à mon cœur. Et dans cette belle salle des fêtes pour laquelle mon oncle Abel et mon cousin Robert ont réalisé, avec quelques autres grands artistes, ces fresques admirables Et nous sommes très touchés que cette exposition soit présentée dans le cadre de l'Année Gauguin.

Pour conclure, je voudrais exprimer ma satisfaction de voir et sentir que les jeunes générations de notre famille manifestent, elles aussi, un grand attachement à l'œuvre de leur père et grand-père, et, à travers elle, un attachement à Ploaré-Douarnenez.

 

 Je vous remercie.

Marguerite Floc'h,
épouse d'Yves Floc'h,
Douarnenez, le 18 juillet 2003

 

Marguerite et Yves Floc'h

en 1990

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