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Notre aïeul, François
Villard était lyonnais, décédé vers
1796. Son fils, Jean-Marie Villard, douanier de son métier,
est nommé à Douarnenez, pour surveiller la côte
et la baie. Il fait bientôt la connaissance d'une jeune Douarneniste,
Marguerite Ruyet, et se marient. Notre douanier est bien décidé,
à la fin de son contrat, à revenir à Lyon. Mais
la jeune Douarneniste a beaucoup pleuré, implorant son époux
de rester "au pays". Et c'est ainsi que nous sommes devenus
bretons !
Le douanier Villard eut 6 enfants, dont Jean-Marie-Lubin. Celui-ci
devient ébéniste et entrepreneur à Ploaré.
De lui, je possède son carnet de Compagnon du Tour de France.
Il a construit, par exemple, la "cale ronde" dans le vieux
port et le petit pont sur la rivière du Ris. Il était
aussi l'ami du Docteur Laënnec. Et c'est mon arrière-grand-père
qui a tourné le premier stéthoscope de l'inventeur de
l'auscultation !
Jean-Marie-Lubin eut 11 enfants dont 2 sont passés à
la postérité : Jean-Marie, le peintre, et Joseph, le
photographe de Quimper. Vous comprendrez que je m'attarde un peu sur
Jean-Marie, mon grand-père
Il eut 5 enfants dont Jeanne,
Abel, peintre lui aussi (et accessoirement fondateur de la confiturerie
Villard), Valentin, le docteur, et René, le poète
et professeur d'anglais, mon père ! Ces trois jeunes gens,
au Lycée de Quimper, étaient les condisciples du poète
Max Jacob.
En 1911, mon père épouse Jeanne Audic,
professeur comme lui, et ils sont nommés dans le Berry. Là-bas,
ils se sentaient exilés. Alors leurs grandes vacances les ramenaient
toujours à Douarnenez. A ma naissance, en avril 1912, mes parents
viennent à Ploaré pour la solennité de mon baptême.
Je suis très fière de cet épisode et j'aime notre
belle église de Ploaré.
Veuillez m'excuser pour
ce long prologue, mais je souhaitais que vous compreniez le pourquoi
de notre attachement ancien à ces chers Ploaré-Douarnenez.
Et l'arbre généalogique accroché là-bas
vous permettra de mieux situer Yves Floc'h et la lignée Villard.
Avec leur frère Abel, mes
parents avaient fait construire Ker Aël, une jolie villa, au-dessus
du Ris. La maison devenant trop petite, mes parents ont entrepris
la construction d'une autre maison, à Ploaré, chemin
de Toul-Lapic. Puis mon père a acheté une maison de
pêcheur, rue Croas Talud. Et c'est dans cette maisonnette, à
mon mariage avec Yves Floc'h, que nous nous sommes installés.
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En 1937, déjà,
pendant nos fiançailles, j'avais fait connaître à
mon fiancé les plus beaux points de vue de la baie de Douarnenez.
En 1938, nous nous sommes mariés et Yves a commencé
à peindre les belles lumières de la baie. Mon père
lui a fait connaître le peintre douarneniste Louis Désiré-Lucas
qui donnera au jeune peintre des conseils pour améliorer sa
technique et sa vision des paysages. Vous l'avez compris, dès
ses études et premières uvres, Yves s'était
senti en osmose avec l'Ecole impressionniste. Cette peinture correspondait
tellement à son tempérament romantique !
En 1939, nous revenons pour les vacances, avec notre petite
fille Annaïck, et nous occupons notre maisonnette. 15 jours de
détente et de peinture. Mais voilà la déclaration
de guerre. Yves reçoit, à Douarnenez, son ordre de mobilisation.
Je l'ai conduit tristement à la gare et c'est là que
nous nous sommes dit "Kenavo"
Alors vint la "drôle de guerre". Il avait obtenu de
son capitaine à ses heures de liberté d'aller dessiner
aux environs du poste de commandement.
En 1940, il obtint une permission pour venir aux obsèques
de mon père, mais juste à son retour à Dunkerque
c'est la débâcle. Yves est fait prisonnier et est conduit,
à pied à travers l'Allemagne, jusqu'au stalag IV B,
tout à l'Est. Pour oublier sa condition, il écrit et
réalise des croquis de ses camarades. Nous avons pu rassembler
quelques-uns de ces croquis dans une vitrine de cette exposition.
Il réalisait également, d'après photo, des portraits
de soldats allemands
Ceux-ci le "payaient" avec des
patates ou du pain. Une aubaine !
Après 7 mois de captivité en Allemagne, Yves, revenu
au pays, est hospitalisé à St Brieuc, puis nommé
à Lorient. Les circonstances n'étaient guère
favorables pour dessiner sous les bombardements ! En octobre 1941,
il est muté à Dinan. Et tout de suite, il a aimé
cette ville médiévale où il a exercé son
métier de professeur pendant 30 ans.
Yves a surtout peint pendant
ses vacances d'été. Mais dès 1940, nos petites
maisons de Ploaré avaient été réquisitionnées
par la mairie. Nous en avons été privés pendant
20 ans. Aussi, nous sommes partis à travers la France, en camping,
et quand nous revenions à Douarnenez, nous campions dans la
propriété "Poulhazan".
En camping, par commodité, Yves peignait toujours des petits
formats. Il a peint à Menton à plusieurs reprises, en
Espagne, aux Baléares, en Italie. Je le suivais partout, c'est
la raison pour laquelle chaque tableau me rappelle un souvenir. Et
c'est aussi pourquoi nous n'avons pour ainsi dire rien vendu de ce
qui reste de son uvre et qu'ici il n'y a rien à vendre
! ! !
Maintes fois, j'allais avec lui sur le terrain et je tâchais
de traduire mon émotion devant nos beaux paysages. Mais il
était très rapide, et moi un peu lente. Aussi, je me
contentais de faire de simples croquis au crayon. Certains lui ont
servi lorsqu'il agrandissait ses pochades, à l'atelier. Je
crois aussi avoir été utile ! Parfois, la peinture me
semblant au point, je lui disais : " Arrête, n'y touche
plus, tu vas l'abîmer"
et il m'écoutait !
Il montrait ses pochades à Abel Villard et à Louis Désiré-Lucas.
Tous deux lui ont prodigué d'excellents conseils et il en a
tenu compte. Les uvres exposées ici l'attestent.
Vous remarquerez que certains sujets sont traités plusieurs
fois. Cette habitude est classique chez les peintres, et souvent chez
les plus grands. D'un même paysage, selon la lumière
ou les saisons, et selon son inspiration bien sûr, le peintre
nous propose, à chaque fois, une perception nouvelle de la
nature.
En 1960, ayant "récupéré"
nos maisons en piteux état, Yves a su démontrer d'autres
talents : il s'est fait bâtisseur ! Dans cette rénovation,
nous avons été beaucoup aidés par notre ami couvreur
Yves Jaffry. Il nous a été d'un grand secours. Quand
le gros uvre a été terminé, Yves a pu reprendre
ses pinceaux. C'est ce travail d'artiste, réalisé dans
la joie et l'enthousiasme que nous offrons à vos regards, espérant
que vous l'aimerez et que vous reconnaîtrez notre beau pays
à travers les grands ciels et la mer changeante.
Ainsi Yves Floc'h aura
réalisé le souhait qu'il exprimait dans une note écrite
le 1er septembre 1940, pendant sa captivité en Allemagne :
"Oui, toute la journée je pensais aux derniers instants
que j'ai passés avec ma Guite, à ce cher Kerstivel que
je connais trop peu mais que j'espère fréquenter toutes
les vacances futures et pendant de longues années".
Au nom de toute notre famille, je remercie chaleureusement, Madame le Maire et la Municipalité
de Douarnenez, ainsi que Didier Hénault et Béatrice
Lessart, les chevilles ouvrières de l'expo, d'avoir accepté
l'idée de cette exposition et de l'avoir concrétisée.
Dans la ville de Douarnenez, si chère à mon cur.
Et dans cette belle salle des fêtes pour laquelle mon oncle
Abel et mon cousin Robert ont réalisé, avec quelques
autres grands artistes, ces fresques admirables Et nous sommes très
touchés que cette exposition soit présentée dans
le cadre de l'Année Gauguin.
Pour conclure, je voudrais exprimer ma satisfaction de voir
et sentir que les jeunes générations de notre famille
manifestent, elles aussi, un grand attachement à l'uvre
de leur père et grand-père, et, à travers elle,
un attachement à Ploaré-Douarnenez.
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