abbé Joseph-Marie Le Bayon dit Job Er Glean (1876-1935) - pionnier de la renaissance du théâtre populaire en langue bretonne, dramaturge vannetais et compositeur de chansons populaires comme "Fest Kerhuiton".


Peu de Saintannois se souviennent encore qu’au début du siècle la paroisse de Sainte Anne d’Auray abritait un théâtre pouvant accueillir plus de 2.500 spectateurs. Il s’agissait du théâtre populaire breton voulu par Job Le Bayon et connu jusqu’au Canada. Le théâtre comptait trois scènes dont une centrale et deux latérales. On y jouait des pièces à d’inspiration religieuses, mais aussi profanes comme, par exemple une adaptation de Bécassine. Durant cinq années, jusqu’en août 1915, le théâtre de Sainte Anne connut ses heures de gloire et une renommée internationale. La guerre retint Job Le Bayon aux armées jusqu’en 1922, et le marqua si profondément qu’il ne retrouvera jamais son génie originel. Il exerça la charge de curé à Bignan jusqu’en 1927. Il mourut à Colpo en 1935, laissant en héritage au théâtre morbihannais plus de trente pièces originales marquées du sceau de sa foi et de son appartenance au terroir breton. Le théâtre disparu en 1945 faute d’un repreneur et c’est un cabinet médical qui s’y installa. Job Le Bayon est également très connu pour ses œuvres sur feuilles volantes qui vont du chant en hommage aux morts de la guerre 14-18 à des chansons comiques.

Licencié es-lettres, il est ordonné prêtre diocésain en 1900. Passionné de théâtre, il fait le voyage d'Oberammergau (Bavière) et assiste à une représentation de la célèbre Passion. De retour à Bignan où il est alors vicaire, il décide de se servir du théâtre dans son apostolat et crée, avec d'autres confrères, le Théâtre Populaire de Ste-Anne-d'Auray pour lequel il va écrire et dont il supervisera la troupe constituée d’habitants de Pluvigner et de Bignan en particulier. Reprenant la veine des "mystères" dont les représentations campagnardes sont encore dans bien des mémoires au début du XX°, il compose des fresques autour de thèmes religieux (War an hent da Vetleem, Nikolazig…) et populaires (an Ozeganed, Jozon al lagouter,…). Son excellente connaissance du breton et du monde des campagnes, son humour, son sens de la réplique et de la verve ont certainement été à l'origine de l'engouement des spectateurs. Le Théâtre Populaire de Ste-Anne connaît un énorme succès ; la guerre, hélas ! coupera net cet élan. Job er Glean est également l'auteur de chansons, d'histoires dont beaucoup ont été publiées dans Dihunamb.

L'abbé Le Bayon est mobilisé comme aumônier militaire ; à ce titre il connaîtra les fronts de France et de Salonique, l'occupation en Rhénanie et même l'armée russe blanche à Mourmansk !… De retour en 1923, il est profondément marqué physiquement et intellectuellement par ces années de vie militaire ; il doit quitter son poste de vicaire à Colpo et toute charge ecclésiastique en 1927. Les œuvres produites après guerre sont nettement inférieures à celles d'avant 1914, et l'on peut sans doute croire Loeiz Herrieu lorsqu'il dit, dans l'article nécrologique qu'il lui consacre dans Dihunamb : «Ne parlons pas de ce qu'il a écrit après la guerre. En effet, pour nous qui l'avons bien connu et avons été de ses amis, si M. Le Bayon continuait de vivre parmi nous, il était clair que Job er Glean était mort depuis longtemps. Hélas ! cette maudite guerre ne s'est pas contentée de détruire les corps !…»